La morale réaliste

Ecrit par Patrick le 4 mai 2008 – 2:30 -

- Comment faire pour juger si quelque chose est bien ou mal?
Ça doit être difficile, non? Les situations sont rarement blanches ou noires, tout bien ou tout mal, on est plutôt tout le temps dans les teintes de gris, les nuances, or les étiquettes “bien” et “mal” paraissent sans nuances… Surtout que la notion de bien et de mal change d’une culture à l’autre, quand ce n’est pas d’une génération à l’autre ou même d’un individu à l’autre au sein d’une même culture…

- Bonne question! Plutôt que donner une réponse théorique qui ne satisfera personne, je préférerais d’abord m’assurer que nous parlons bien de la même chose avec le même vocabulaire, que chaque mot a bien le même sens pour nous deux. Une fois ce point réglé, on aborde la question de front, ok ?
Donc question: pour toi, c’est quoi la science, c’est quoi la religion, c’est quoi la philosophie et c’est quoi la morale?

- Facile! La science, c’est ce que nous avons découvert en étudiant l’univers, la religion, c’est ce qu’on nous a enseigné dans les textes sacrés, la philosophie, c’est la somme des idées des grands philosophes et la morale, c’est l’ensemble des règles qui nous permettent de distinguer le bien du mal.

- Quadruple tautologie, c’est un record! En fait, dans l’étude de l’univers il y a trois grandes divisions:
la science, qui s’adresse à la question “comment”, comme dans “comment fonctionne l’univers ?” ou “comment la neige forme-t-elle de si jolis cristaux ?”
la religion, qui s’adresse à la question “pourquoi”, comme dans “pourquoi sommes-nous sur terre ?” ou “pourquoi l’univers existe ?”
la philosophie, qui s’adresse à la question “quoi”, comme dans “c’est quoi l’univers ?” ou “c’est quoi un être mora ?”
La philosophie s’attaque donc à la question de l’existence ou de la nature des phénomènes; la religion s’attaque à la question de la cause des phénomènes, que cette cause soit située dans le passé (la cause originale) ou qu’elle soit située dans le futur (la cause finale, que l’on appelle aussi le but); la science, elle, s’attaque à la question du mécanisme des phénomènes.

- Et la morale, c’est quoi?

- C’est l’ensemble des règles qui permettent le fonctionnement de la société. En quelque sorte, c’est le contrat de base qui lie les membres de la société: s’ils ne respectent pas les termes de ce contrat, s’ils n’obéissent plus à ces règles, la société s’effondre. Tu vois immédiatement que ces règles peuvent être largement arbitraires, ce qui t’explique comment l’espèce humaine a pu avoir au fil du temps des sociétés très différentes les unes des autres.
Ainsi chez les grecs de l’époque classique on trouvait la pédophilie parfaitement normale et on plaignait le jeune garçon qui n’avait pas trouvé d’amant adulte: il était moral pour un adulte de se livrer à des actes de pédophilie avec un jeune garçon; de nos jours ce même comportement est non seulement jugé immoral, c’est un crime au yeux de la loi. C’est vrai pour beaucoup d’autres choses: l’esclavage était moral, c’est devenu un crime. Même chose pour la polygamie ou pour battre sa femme…

- Mais le bien et le mal, là-dedans? La morale, c’est aussi ce qui sert à juger de ce qui est bien et de ce qui est mal, non?

- Si on veut. En fait, le bien c’est tout ce qui favorise le fonctionnement de la société et le mal c’est tout ce qui le défavorise. Ce qui fait que le bien et le mal varient d’une société à l’autre, chose qui ne simplifie pas la coexistence pacifique de sociétés différentes. Ainsi l’excision pratiquée très moralement sur les jeunes filles dans certaines sociétés africaines est un acte immoral et même criminel pour la société canadienne, d’où problème pour les gens de ces sociétés qui immigrent au canada: il leur est difficile de comprendre et d’accepter que cet acte moral dans leur ancienne société soit devenu immoral dans leur nouvelle société.

- Mais alors, tout cela est arbitraire, il n’y a donc pas moyen de trouver une morale universelle qu’on pourrait utiliser partout et en toutes circonstances pour séparer le bien du mal, non? Chercher pareille morale universelle devient futile, non?
Et ta façon de juger ce qui est bien et ce qui est mal n’est pas meilleure que celle d’un membre d’une autre société qui arriverait, dans la morale de sa société, à des réponses exactement opposées aux tiennes.

- Ce n’est pas tout-à-fait ça, non.
Mais c’est justement pour cela que je t’ai asséné ma définition de la science: en étudiant comment fonctionne l’univers, comment évolue l’écosystème, les scientifiques, ou plus précisément les écosystématiciens, ont commencé à comprendre comment la vie sur terre, qui paraît si fragile, a réussi à se maintenir si longtemps malgré des cataclysmes qui ont parfois presque tout détruit; comment certaines espèces se sont avérées plus robustes que d’autres face au changement; comment certaines sociétés font pour durer très longtemps; etc.. Et ce qu’ils ont découvert, ce sont des règles de base régissant le succès de tout système complexe, règles qui peuvent servir de fondation morale à toute société d’êtres intelligents. Ce sont des règles fort simples qui permettent de prédire la robustesse et le succès d’un groupe ou d’une société (un système complexe formé d’êtres distincts) vivant dans un écosystème:
Les comportements favorables à la vie des membres du groupe augmentent à long terme la robustesse et le succès de celui-ci.
Les comportements sélectifs, c-à-d: favorables à la vie d’une partie des membres du groupe au détriment des autres réduisent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
Les comportements favorables à la vie du reste de l’écosystème augmentent à long terme la robustesse et le succès du groupe.
La diversité tant du groupe que de l’écosystème est intimement liée à sa robustesse: augmenter la diversité c’est favoriser la vie; réduire la diversité c’est défavoriser la vie.

- Est-tu en train de me dire que le mécanisme de sélection naturelle par la lutte pour la vie découvert par Charles Darwin est erronné?

- Non, bien sûr!
Je suis en train de te dire qu’on a fait des progrès depuis Darwin: il avait découvert que la compétition entre les êtres vivants favorise l’évolution, c’est à dire la diversité de l’écosystème; on a découvert depuis que cette diversité est essentielle à la robustesse de l’écosystème, que la reproduction sexuée est une source de diversité sans laquelle la compétition ne servirait à rien, que la coopération entre individus d’un même groupe augmente les chances de survie de ces individus ainsi que leurs chances de se reproduire (ce qui favorise la diversité dans le groupe), que la coopération entre individus de groupes différents augmente aussi les chances de survie de ces individus et donc la diversité et la robustesse de leurs groupes respectifs, que les relations de type symbiotique entre espèces sont souvent essentielles à la robustesse et au succès de ces espèces, etc.
Autrement dit, Charles Darwin a découvert un des mécanismes d’évolution de l’écosystème. On en a découvert plusieurs autres depuis, ce qui a considérablement enrichi et nuancé notre compréhension de l’écosystème.

-Mais comment ces progrès de l’écosystématique permettent-ils de créer une morale universelle?

- Simple! Définis le bien et le mal en fonction de nos connaissances en écosystématique et tu obtiendras les bases d’une morale universelle.

- Attends voir…
Est bien tout acte qui favorise la vie de l’écosystème, du groupe et de l’individu moral.
Est mal tout acte qui défavorise la vie de l’écosystème, du groupe et de l’individu moral.
Ah oui! Faut aussi préciser que:
Tout acte qui réduit la diversité du groupe ou de l’écosystème défavorise la vie et est donc mal.
C’est ça que tu veux dire?

- C’est presque ça, faut encore généraliser un peu et tu y seras: les cultures, les sociétés et les espèces sont aussi des systèmes complexes dont il faut favoriser la vie et la diversité ; de plus les individus ne sont pas nécessairement moraux: ce qui est bien pour un lion n’est pas nécessairement bien pour un humain, à moins que tu n’aies l’intention d’enseigner ta morale aux lions?

- Mais les lions ne sont pas des êtres moraux, bien sûr! Ils n’ont donc pas besoin de morale, que je sache.

- Tu veux une morale universelle, ou tu veux te contenter d’une morale arbitraire qui ne convienne qu’aux seuls humains? En partant des découvertes de l’écosystématique tu peux obtenir une morale vraiment universelle, mais bien sûr elle s’appliquera aussi bien aux lions qu’aux humains — avec l’avantage qu’elle s’appliquera probablement aussi aux extra-terrestres le jour où nous entrerons en contact.

- Tu veux dire que ta morale universelle est s’applique vraiment partout?

- Minute ! D’une part c’est pas ma morale universelle: si elle est universelle elle appartient nécessairement à tout le monde, donc c’est aussi ta morale universelle. D’autre part faudrait achever de définir cette morale. J’attends toujours ta définition corrigée du bien et du mal.

- D’accord! Voici:
Un acte est bien s’il favorise la vie (de l’écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
Un acte est mal s’il défavorise la vie (de l’écosystème, des espèces, des sociétés, des cultures, des individus).
Sinon il est neutre.
Et finalement, réduire la diversité c’est défavoriser la vie, augmenter la diversité c’est favoriser la vie.
Ça te va?

- Très bien ! Tu vois bien sûr que cela exige de juger tout acte sur ses conséquences: sur ses conséquences prévisibles si on doit en juger à l’avance (par exemple pour choisir d’effectuer ou non cet acte), sur ses conséquences effectives si on doit en juger par après. Autrement dit, un acte est bien, mal ou neutre en fonction de ses conséquences pour la vie.

- Oui, bon, mais je ne vois pas en quoi ça permet de juger si chaparder une pomme dans le verger du voisin est bien ou mal.

- Quelles sont les conséquences de cet acte?

- Ben… Le voisin est fâché, il a une pomme de moins dans les douze tonnes que lui rapporterait normalement son verger et le chapardeur a le plaisir de déguster une pomme délicieuse.

- Tut-tut! Analyse bien incomplète! Regarde quelles sont toutes les conséquences de ce chapardage et vérifie pour chacune d’elle si elle favorise ou défavorise la vie et la diversité.

- Ça devient plus sérieux, là! Le voisin est fâché, il va surveiller son verger avec une carabine chargée au gros sel, histoire d’apprendre à vivre au prochain candidat chapardeur. Le chapardage a donc endommagé le tissu social, les liens entre les membres de la communauté locale; il a défavorisé la vie de la société, c’est mal.
Le voisin a une pomme de moins dans les douze tonnes que lui rapporterait normalement son verger, c’est pas ça qui va faire une différence sensible dans ses revenus; ça ne favorise ni ne défavorise la vie, c’est neutre.
Le chapardeur se lèche les babines, tout heureux de l’aubaine, et pense que ce balourd de voisin ne l’attrapera jamais: il n’est pas de taille, hé-hé-hé! Le chapardeur s’imagine au-dessus des lois et règlements de la société, puisqu’il peut y déroger en toute impunité. Son chapardage endommage donc le tissu social en modifiant la perception qu’il a de ses liens avec les autres membres de la communauté locale; il défavorise la vie de la société, c’est mal.
Mmmmm… Je vois! Avec deux “mal” pour un “neutre”, les conséquences indiquent que chaparder une pomme dans le verger du voisin est mal. J’avoue que je n’avais jamais regardé le problème sous ce jour-là.
Voilà!
C’est un avantage important de cette morale: en faisant porter le jugement sur les conséquences des actes plutôt que sur une catégorisation à-priori des actes eux-même, cette morale universelle devient facile à comprendre et à utiliser.
Mais si le chapardeur avait été un mendiant pour qui cette pomme serait son seul repas de la journée?

- Bonne question!
Tu peux y répondre toi-même, vas-y: qu’est-ce que cela change dans les conséquences de cet acte?

- Ben…
Le voisin est toujours fâché, avec les conséquences négatives pour la société, ça reste donc mal.
La pomme de moins, ça reste neutre.
Pour le mendiant, par contre, ça lui permet de se nourrir un jour de plus, ce qui favorise sa vie, donc c’est bien.
Un mal, un neutre, un bien. Est-ce que ça veut dire que c’est neutre?
Ça dépend du poids des conséquences de cet acte. Si c’est un grand bien pour un petit mal, ce chapardage était plus bien que mal. Si c’est un grand mal pour un petit bien, par contre, ce chapardage était plus mal que bien. Sinon, c’était neutre…

- Mais ton analyse est insuffisante! Tu sembles avoir oublié que réussir son chapardage renforce la perception qu’a le chapardeur d’être au-dessus des lois, donc modifie ses relations avec la société de façon dommageable pour celle-ci, ce qui est mal. On parle donc de deux “mal”, un “neutre” et un “bien”, ce qui change un peu les choses.
Bien sûr, c’est une caricature, pas un exemple… Dans la réalité les actes des uns ne sont pas indépendants des actes des autres. Si le voisin mettait quelques pommes tombées mais encore belles à la disposition des chapardeurs potentiels, cela ne lui coûterait presque rien mais les conséquences seraient très différentes: pas de chapardage, donc pas de voisin fâché et pas de dommages au tissu social, c’est neutre; pas de pomme en moins dans le douze tonnes prévu, ce qui reste neutre; un chapardeur potentiel qui croque sa pomme en pensant que le voisin est décidément un type bien, donc un tissu social renforcé, ce qui favorise la vie de la société — un bien.

- Je vois… Mais n’es-tu pas en train de me dire que c’est de la faute du voisin si des chapardeurs viennent lui faucher des pommes?

- Il n’y a pas de notion de faute dans cette morale. Ni de culpabilité. Juste des actes, bons ou mauvais selon leurs conséquences pour la vie. Cette morale permet de juger les actes, pas les personnes. Maintenant, si le voisin appliquait le raisonnement que je viens de tenir et mettait quelques belles pommes tombées à la disposition des candidats-chapardeurs, il renforcerait le tissu social tout en s’évitant des problèmes de chapardage, ce qui serait bien. S’il le fait, il est responsable de cette amélioration de la vie communautaire locale tandis que s’il ne le fait pas il est responsable des problèmes de chapardage que cela lui cause… Donc même s’il n’y a pas faute, il y a certainement responsabilité.

- Ah, la responsabilité! Tu insistes toujours là-dessus, ça doit être un point crucial de cette morale. Explique-moi comment ça marche, veux-tu?

- C’est pas bien difficile! Dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes, nous sommes aussi responsables de toutes leurs conséquences.

- Tu as bien dit: “dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes”, est-ce que ça veut dire que tu es d’accord avec le juge qui a acquitté un violeur après que celui-ci eût plaidé qu’étant en état d’ébriété lors des faits, il était incapable à ce moment de comprendre la gravité de son geste et donc pas responsable de ses actes?

- Certainement pas! Le type était libre de se saoûler ou pas. Il a choisi de se saoûler, ce qui l’a rendu temporairement incapable de réfléchir aux conséquences de ses actes, ok, mais contrairement à ce qu’a pensé ce juge, cela n’atténue en rien la responsabilité du type, bien au contraire! Il est responsable de s’être saoûlé et de toutes les conséquences de cet acte, il est donc responsable de la perte temporaire de son bon jugement, ainsi que de tous les actes qu’il a commis dans cet état de facultés affaiblies, y compris du viol dont il est accusé.
Le juge s’est clairement trompé dans cette affaire.

- Ce jugement a en effet été renversé en cour d’appel, le juge d’appel tient pratiquement le même raisonnement que toi dans ses attendus.

- Je vois qu’il y a encore des juges qui ont du bon sens… Ça fait plaisir à apprendre, tiens!
Le premier juge a jugé sur l’intention, ce qui est toujours une erreur, alors que le juge d’appel a jugé sur la responsabilité, ce qui est bien plus sain.

- Tu veux dire que l’intention dans laquelle un acte est commis n’a aucune importance?

- En quoi est-ce que l’intention modifie les conséquences de l’acte? Et comme je juge l’acte seulement sur ses conséquences, il ne reste plus de place pour les intentions. Elles n’ont donc aucune importance, en effet. C’est bien ce qu’exprime le dicton “l’enfer est pavé de bonnes intentions”.

- Mais toi qui es toujours tendre, gentil et plein de compassion, comment peux-tu juger les gens sur des critères aussi sévères et impersonnels que la valeur morale des conséquences de leurs actes? Où sont ta compassion et ta compréhension là-dedans?

- Qui parle de juger les gens? Cette morale ne permet pas de juger les gens, elle ne permet de juger du bien ou du mal que des actes. Juger une personne me paraît aberrant. Chaque personne est responsable de ses actes et de leurs conséquences. Quand elle commet un acte mauvais, il me semble normal d’exiger qu’elle répare le mal qu’elle a fait. Si ce mal est irréparable, il me semble logique d’exiger qu’elle le compense en faisant un bien au moins équivalent. Si elle refuse de réparer ou de compenser le mal qu’elle a fait, il me semble raisonnable de penser que cette personne est irresponsable (c’est à dire qu’elle refuse la responsabilité de ses propres actes et de leurs conséquences). Punir l’irresponsabilité me semble futile. Peut-être est-ce un problème neuro-psychologique qu’il y a moyen de soigner? Sinon je comprendrais qu’on la prive de liberté pour éviter qu’elle ne fasse d’autres dégâts.

- Wow! Tu viens de remplacer d’un seul coup la notion de culpabilité par celle de responsabilité: tu juges du bien ou du mal d’un acte selon ses conséquences, puis si l’acte est mal tu tiens la personne qui l’a commis responsable de réparer ou compenser les dégâts causés… Très joli! Mais déterminer la responsabilité c’est compliqué, non? Si monsieur X, amant de madame Y, suggère à celle-ci de tuer son mari monsieur Z pour hériter de celui-ci et s’établir ensemble, puis que madame Y tue monsieur Z sans aide ni assistance de monsieur X, est-ce X ou Y qui est responsable de la mort de Z ou sont-ils solidairement responsables?

- Regarde quels sont les actes et leurs conséquences, la réponse sera claire.
Acte 1: X suggère à Y de tuer Z.
conséquence: Y décide qu’il est bien de tuer Z pour son profit personnel, qu’il est normal de faire passer son profit avant la vie d’autrui; ce comportement est destructeur du tissu social et donc défavorable à la vie de la société; c’est mal.
conséquence: Y tue Z; ce comportement est clairement défavorable à la vie de Z; c’est mal.
L’acte 1 est donc un mal.
Acte 2: Y tue Z.
conséquence: Z est mort, ce qui est clairement défavorable à la vie de Z et donc mal.
L’acte 2 est donc aussi un mal.
Y est clairement responsable de la mort de Z, pas de problème là.
X est responsable du comportement immoral de Y ainsi que du meutre de Z par Y (puisque le meutre de Z est une conséquence de l’acte 1), pas plus de problème ici, je pense…

- Je vois. Je comprends donc que tu es d’accord avec les juges de Nuremberg qui ont condamné les officiers allemands impliqués dans divers massacres, alors que ceux-ci prétendaient être innocents puisqu’ils n’avaient fait qu’obéir aux ordres, en bons soldats qu’ils étaient.
Dans l’ensemble, oui, je suis d’accord avec les juges de Nuremberg.
L’officier qui reçoit un ordre immoral de son supérieur peut s’objecter et même refuser de transmettre cet ordre à ses subordonnés. Bien sûr dans certains pays ce comportement moral peut s’avérer fatal, ce qui le rend particulièrement difficile à choisir…
Tu me feras remarquer qu’à part lors de missions humanitaires, le travail des militaires est rarement moral, ce qui est vrai.

- Je te ferai remarquer qu’envoyer des militaires en mission humanitaire est une idée très récente, ce qui a pour effet que la majorité des militaires est encore très mal préparée pour ce genre de missions, d’où nombre de “regrettables incidents” où certains militaires en mission humanitaire se comportent de façon immorale.

- Oui. Il y a une zone grise autour de la fonction militaire dans la société. Mais revenons à un cas plus simple: X est en train de jogger dans un parc. Au croisement de deux chemins, un autre jogger, disons Y, jaillit de derrière un buisson. X et Y se cognent avant d’avoir pu réagir et tombent au sol. Malheureusement pour Y, il y a une pierre au mauvais endroit et il meurt, la nuque brisée (coup du lapin) avant que l’ambulance appelée par X sur son GSM n’arrive. Question: X s’est bel et bien cogné sur Y (même si c’est par accident) et Y en est mort. La mort de Y est donc une conséquence d’un acte de X et pourtant je ne parviens pas à accepter que X puisse être tenu pour responsable de la mort de Y. Que dit la morale universelle dans ce cas-là?

- Rappelle-toi ce que j’ai dit plus tôt: “dans la mesure où nous sommes libres de choisir nos actes, nous sommes aussi responsables de toutes leurs conséquences”. X n’a pas eu le temps de s’écarter avant de se cogner contre Y. Il n’a donc pas été libre de choisir cet acte, ce qui fait qu’il n’est pas responsable de cette collision ni des conséquences d’icelle. Tu as dès lors parfaitement raison de ne pas tenir X responsable de la mort de Y: il n’en est vraiment pas responsable.

- Voilà qui a bien du bon sens! Elle commence à me plaire, cette morale universelle. N’empêche qu’il y a un point qui me chicote encore: tu as bien dit que nous sommes responsables de toutes les conséquences de nos actes, prévues ou non. Me semble qu’il faudrait nuancer un brin cela, sans quoi on va se perdre dans un brouillard de responsabilités d’une rare opacité: si X montre à Y comment les grands tricheurs professionnels faisaient dans le temps pour toujours gagner aux cartes, puis que Y montre ça à Z, lequel décide alors de se monter un petit casino maison et de plumer ses voisins et amis en trichant aux cartes, X est-il responsable du comportement de Z?

- Non, bien sûr! La responsabilité de X s’arrête là où celle de Y commence, c’est-à-dire au moment où Y décide de transmettre cette information à Z. De la même façon, la responsabilité de Y s’arrête là où celle de Z commence, c’est-à-dire au moment où Z décide d’utiliser cette information pour plumer voisins et amis. Z est donc seul responsable de ses actes et de leurs conséquences.

- Décidément, cette morale universelle me plaît. Et comment l’appelles tu?

- La morale réaliste

Norman Molhant Canada

transmis fort aimablement par Mrs S:


Sources
Reproduction et diffusion vivement recommandées
sous couvert de la mention du copyright © 2004,
ÉcoSystématica inc. et du site humanum.org



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Sauver les autres…

Ecrit par Patrick le 7 avril 2008 – 11:11 -

Lifeguard... par freelancevirtuosoVoici quelque chose que j’ai appris il y aura bientôt 20 ans, pendant une formation de secourisme.

Notre formateur était un pompier professionnel et quand l’un de nous lui demanda comment sauver quelqu’un qui se noie, voici quelle fut sa réponse :

“Pour sauver quelqu’un de la noyade, il y a une formation exprès pour cela. On vous met au fond d’une piscine un mannequin qui pèse le poids d’un corps humain. Vous plongez pour remonter le corps à la surface, puis tout en gardant la tête du mannequin hors de l’eau vous devez le ramener sur le bord de la piscine.”

Puis il continua en précisant :

“Oui mais ça, c’est la théorie, en pratique ça se passe différemment.

En effet, quelqu’un qui est en train de se noyer, c’est quelqu’un qui est en train de paniquer, il crie et essaie désespérément de ne pas couler.

Or, si vous essayez de le sauver pendant qu’il panique, il va s’accrocher à vous et vous allez vous noyer tous les deux.

Avant de sauver quelqu’un qui se noie, il faut d’abord lui parler pour le rassurer.

Et puis si vous n’arrivez pas à le rassurer, il faut l’assommer, d’un coup de poing au visage, pour qu’il perde conscience. Alors vous pourrez le ramener.

Mais si vous n’arrivez pas à l’assommer, vous devrez rentrer seul et le laisser se noyer…

Ça ne sert à rien de vous noyer avec lui, vous aurez d’autres personnes à sauver plus tard !”

J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs pompiers au cours de mon activité et tous m’ont confirmé que ce principe est toujours d’actualité.


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Les Gros Cailloux…

Ecrit par Patrick le 30 mars 2008 – 11:29 -

Cailloux par Tangi BertinUn jour, un vieux professeur de l’École nationale d’administration publique (ENAP) fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d’une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines. Ce cours constituait l’un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux prof n’avait donc qu’une heure pour “passer sa matière “.
Debout, devant ce groupe d’élite (qui était prêt à noter tout ce que l’expert allait enseigner), le vieux prof les regarda un par un, lentement, puis leur dit :

“Nous allons réaliser une expérience”.

De dessous la table qui le séparait de ses élèves, le vieux prof sortit un immense pot Mason d’un gallon (pot de verre de plus de 4 litres) qu’il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux a peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu’au bord et qu’il fut impossible d’y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda :

“Est-ce que ce pot est plein ?”.

Tous répondirent : “Oui”.

Il attendit quelques secondes et ajouta : “Vraiment ?”.

Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis brassa légèrement le pot. Les morceaux de gravier s’infiltrèrent entre les cailloux… jusqu’au fond du pot.

Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda :

“Est-ce que ce pot est plein ?”.

Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège.

L’un d’eux répondît: “Probablement pas !”.

“Bien !” répondit le vieux prof.

Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table une chaudière de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla remplir les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il demanda :

“Est-ce que ce pot est plein ?”.

Cette fois, sans hésiter et en choeur, les brillants élèves répondirent :

“Non !”.

“Bien !” répondît le vieux prof.

Et comme s’y attendaient ses prestigieux élèves, il prit le pichet d’eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu’à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda :

“Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ?”

Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondît :

“Cela démontre que même lorsque l’on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire”.

“Non” répondit le vieux prof.

“Ce n’est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous ensuite”.

Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l’évidence de ces propos.

Le vieux prof leur dit alors :

“Quels sont les gros cailloux dans votre vie ?”
“Votre santé ?”
“Votre famille ?”
“Vos ami(e)s ?”
“Réaliser vos rêves ?”
“Faire ce que vous aimez ?”
“Apprendre ?”
“Défendre une cause ?”
“Relaxer ?”
“Prendre le temps… ?”
“Ou… toute autre chose ?”

“Ce qu’il faut retenir, c’est l’importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir…sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n’aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie.

Alors, n’oubliez pas de vous poser à vous-même la question :

“Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie ?”

Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot.”

D’un geste amical de la main, le vieux professeur salua son auditoire et lentement quitta la salle.


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Les 3 Passoires

Ecrit par Patrick le 1 novembre 2007 – 1:08 -

Socrate: a greek citizen par surfstyleSocrate avait, dans la Grèce antique, une haute opinion de la sagesse. Quelqu’un vient un jour trouver le grand philosophe et lui dit :

“Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami ?

- Un instant, répondit Socrate. Avant que tu me racontes, j’aimerais te faire passer un test, celui des 3 passoires :

- Les 3 passoires ?

Mais oui, reprit Socrate. Avant de me raconter toutes sortes de choses sur les autres, il est bon de prendre le temps de filtrer ce que l’on aimerait dire. C’est ce que j’appelle le test des 3 passoires.

La première passoire est celle de la vérité. As-tu vérifié si ce que tu veux me dire est vrai ?

- Non. J’en ai simplement entendu parler…

- Très bien. Tu ne sais donc pas si c’est la vérité. Essayons de filtrer autrement en utilisant une deuxième passoire, celle de la bonté. Ce que tu veux m’apprendre sur mon ami, est-ce quelque chose de bon ?

- Ah non ! Au contraire.

- Donc, continua Socrate, tu veux me raconter de mauvaises choses sur lui et tu n’es même pas certain si elles sont vraies. Tu peux peut-être encore passer le test, car il reste une passoire, celle de l’utilité. Est-il utile que tu m’apprennes ce que mon ami aurait fait ?

- Non. Pas vraiment.

Alors, conclut Socrate, si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, pourquoi vouloir me le dire ? ”


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Les 2 Frères

Ecrit par Patrick le 31 octobre 2007 – 3:25 -

Imaginez 2 enfants… 2 frères… 2 frères jumeaux… des vrais jumeaux…

Twins par hlimaIls ont été conçus au même instant, ils sont issus du même ovule fécondé et se sont développés dans le même ventre. Ils vont venir au monde pratiquement au même instant. Génétiquement, ils sont identiques. Culturellement, aussi. Ils vont recevoir la même éducation, partager les mêmes amis, les mêmes activités, ils auront les mêmes professeurs, etc…

En fait on ne pourra pas trouver 2 êtres humains plus identiques que ces 2 frères. Ils sont d’ailleurs tellement identiques qu’on les appelle simplement les jumeaux, sans même les différencier.

Mais un jour, ils ont alors peut-être 10 ou 11 ans et les choses se mettent à changer. Ils commencent à souffrir de n’être chacun que la moitié des jumeaux et fatigués d’êtres identiques, en quête d’individualité, ils commencent à chercher leurs différences.

Ce sont des garçons, pour eux la principale différence et sans doute la plus intéressante, c’est la force. Un des 2 frères est-il plus fort que l’autre ? Voilà une question intéressante…

Or, ce jour-là, les garçons étaient en vacances à la plage, au bord de la mer. Devant eux se trouve l’Océan et tout naturellement il leur vient un moyen infaillible pour déterminer lequel d’entre eux est le plus fort.

Un Défi !!!

oh yeah?... par [phil h]C’est par un défi qu’il vont enfin savoir et quel défi ! Il va s’agir de nager dans l’Océan, tout droit vers le large, et celui des 2 qui nagera le plus loin, celui-là sera le plus fort !

C’est un défi terrible. Pour gagner chacun des enfants va devoir estimer le plus exactement possible la distance qu’il peut nager avec la moitié de ses forces, car il doit garder l’autre moitié pour le retour. En fait il est probable que les 2 frères soient d’une force équivalente.

Ce qui fera alors la différence, c’est la précision de leur évaluation de leur force. Si un des garçons se sous-estime, son frère risquera d’aller plus loin que lui et il perdra le défi. Par contre, s’il se sur-estime, il risque de dépasser le point de non-retour et de ne pas revenir sur la terre ferme. Il sera alors perdant, mais dramatiquement.

Phelps en crawl par sagicelLe défi est lancé ! Et les 2 frères se jettent à l’eau, nageant vers le large, le plus loin possible… A peu près au même endroit, ils commencent à faire demi-tour et c’est là que les ennuis débutent…

En effet, après avoir pris le chemin du retour, ils réalisent qu’il y a dans l’eau un courant sous-marin, un courant qui part vers le large. L’instant est grave ! Cela signifie que pendant la première partie de leur défi, ils ont été, à leur insu, portés par le courant qui les a ainsi amenés bien plus loin que la distance qu’ils auraient simplement parcouru avec la moitié de leur forces. Et maintenant, pour rejoindre la plage, il vont devoir lutter contre ce même courant ! Logiquement, il vont avoir besoin de bien plus de forces que la moitié qu’ils ont économisée pour pouvoir survivre !!!

En fait, pour pouvoir toucher terre, ils vont devoir se dépasser, puiser dans leurs ultimes réserves pour réaliser l’impossible et revenir vivant malgré l’implacable logique qui veut qu’ils meurent dans cette épreuve.

Et ils vont le faire ! Tous les deux vont réussir l’impossible, mu par un formidable instinct de survie, ils vont finir par rejoindre la plage.

Et à ce moment-là, quand ils sortent de l’eau, tout jumeaux qu’ils soient, on peut très bien imaginer qu’ils vont réagir très différemment à cette aventure.

On peut imaginer, par exemple, que le premier frère à sortir de l’eau va être grandi par cette expérience qui lui a révélé qu’il a, cachées au fond de lui, des forces insoupçonnées qui lui permettront de se tirer des situations difficiles qu’il rencontrera dans sa vie. Il est alors en train développer sa confiance en lui.

On peut également imaginer que le second frère qui sortira de l’eau sera, lui, fragilisé par cette expérience qui lui aura appris que dans la vie, il y a des pièges mortels qu’on ne voit pas s’approcher. Aujourd’hui il a eu la chance de s’en tirer, mais la chance sera-t-elle là, la prochaine fois ? Il commence alors à craindre l’avenir et à douter de lui…


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Nasreddine, son fils et l’âne

Ecrit par Patrick le 30 octobre 2007 – 1:48 -

nasreddine-et-son-fils.jpgLe fils de Nasreddine avait treize ans. il était même tellement complexé qu’il refusait de sortir de la maison. “Les gens vont se moquer de moi”, disait-il sans arrêt. Son père lui répétait toujours qu’il ne faut pas écouter ce que disent les gens parce qu’ils critiquent souvent à tort et à travers, mais le fils ne voulait rien entendre.
Nasreddine dit alors à son fils : “Demain, tu viendras avec moi au marché.”

Fort tôt le matin, il quittèrent la maison. Nasreddine Hodja s’installa sur le dos de l’âne et son fils marcha à côté de lui.

A l’entrée de la place du marché, des hommes étaient assis à bavarder. A la vue de Nasreddine et de son fils, ils lâchèrent la bride à leurs langues : “Regardez cet homme, il n’a aucune pitié ! il est bien reposé sur le dos de son âne et il laisse son pauvre fils marcher à pied. Pourtant, il a déjà bien profité de la vie, il pourrait laisser la place aux plus jeunes.” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? demain tu viendras avec moi au marché !”

Le deuxième jour, Nasreddine et son fils firent le contraire de ce qu’ils avaient fait la veille : le fils monta sur le dos de l’âne et Nasreddine marcha à côté de lui. A l’entrée de la place, les mêmes hommes étaient là. Ils s’écrièrent à la vue de Nasreddine et de son fils : “Regardez cet enfant, il n’a aucune éducation, aucune politesse. Il est tranquille sur le dos de l’âne, alors que son père, le pauvre vieux, est obligé de marcher à pied !” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !”

Le troisième jour, Nasreddine et son fils sortir de la maison à pied en tirant l’âne derrière eux, et c’est ainsi qu’ils arrivèrent sur la place. Les hommes se moquèrent d’eux : “Regardez ces deux imbéciles, ils ont un âne et ils n’en profitent même pas. Ils marchent à pied sans savoir que l’âne est fait pour porter des hommes.” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché ! “

Le quatrième jour, lorsque Nasreddine et son fils quittèrent la maison, ils étaient tous les deux juchés sur le dos de l’âne. A l’entrée de la place, les hommes laissèrent éclater leur indignation : “Regardez ces deux là, ils n’ont aucune pitié pour cette pauvre bête !” Nasreddine dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Demain tu viendras avec moi au marché !”

Le cinquième jour, Nasreddine et son fils arrivèrent au marché portant l’âne sur leurs épaules. Les hommes éclatèrent de rire : “Regardez ces deux fous, il faut les enfermer. Ce sont eux qui portent l’âne au lieu de monter sur son dos.”

Et Nasreddine Hodja dit à son fils : “As-tu bien entendu ? Quoi que tu fasse dans ta vie, les gens trouveront toujours à redire et à critiquer. Il ne faut pas écouter ce que disent les gens.”


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Nasreddine et le Noyé

Ecrit par Patrick le 30 octobre 2007 – 0:43 -

Le noyéEn passant un jour à côté du fleuve, Nasreddine remarqua un attroupement.
Il s’approcha et vit un homme en train de se noyer tout près du bord.

Les gens lui criaient : “Donne-nous ta main ! Donne-nous ta main !”, mais l’homme continuait à avaler de l’eau et à se débattre désespérément, en refusant d’écouter les conseils.

Nasreddine Hodja reconnut l’homme tout de suite. “Poussez-vous, dit-il aux autres, c’est mon voisin et je le connais bien ; il est tellement avare qu’il ne donne jamais rien.”

Puis Nasreddine s’approcha du bord du fleuve et cria : “Voisin ! Prends ma main !”
Le voisin s’accrocha à la main tendue sans hésiter et fut sauvé de la noyade…


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Les Contes et Métaphores Thérapeutiques, Introduction…

Ecrit par Patrick le 22 juin 2007 – 15:30 -

Ces histoires toujours très imagées, stimulent notre créativité et aident notre inconscient à améliorer ou à développer ses solutions.

Leur côté ludique les rends souvent accessibles à la majorité des publics, elle franchissent très souvent la barrière de notre esprit critique.

Bref un moyen très agréable de se faire du bien en s’ouvrant l’esprit…


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Les 3 Portes de la Sagesse

Ecrit par Patrick le 22 juin 2007 – 13:05 -

Bonfire Memorial par Steven WilkeUn Roi avait pour fils unique un jeune Prince courageux, habile et intelligent. Pour parfaire son apprentissage de la Vie, il l’envoya auprès d’un Vieux Sage.

« Eclaire-moi sur le Sentier de la Vie » demanda le Prince.

« Mes paroles s’évanouiront comme les traces de tes pas dans le sable » répondit le Sage.

« Cependant je veux bien te donner quelques indications. Sur ta route, tu trouveras 3 portes. Lis les préceptes indiqués sur chacune d’entre elles. Un besoin irrésistible te poussera à les suivre. Ne cherche pas à t’en détourner, car tu serais condamné à revivre sans cesse ce que tu aurais fui. Je ne puis t’en dire plus. Tu dois éprouver tout cela dans ton coeur et dans ta chair. Va, maintenant. Suis cette route, droit devant toi.»

Le Vieux Sage disparut et le Prince s’engagea sur le Chemin de la Vie.

Il se trouva bientôt face à une grande porte sur laquelle on pouvait lire : «CHANGE LE MONDE».

« C’était bien là mon intention » pensa le Prince « car si certaines choses me plaisent dans ce monde, d’autres ne me conviennent pas.»

Et il entama son premier combat. Son idéal, sa fougue et sa vigueur le poussèrent à se confronter au monde, à entreprendre, à conquérir, à modeler la réalité selon son désir. Il y trouva le plaisir et l’ivresse du conquérant, mais pas l’apaisement du coeur. Il réussit à changer certaines choses mais beaucoup d’autres lui résistèrent.
Bien des années passèrent.

Un jour il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, à discerner ce qui est en mon pouvoir et ce qui m’échappe, ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas ».

« C’est bien » dit le Vieil Homme.
« Utilise tes forces pour agir sur ce qui est en ton pouvoir. Oublie ce qui échappe à ton emprise. »
Et il disparut.

Peu après, le Prince se trouva face à une seconde porte. On pouvait y lire : « CHANGE LES AUTRES ».
« C’était bien là mon intention » pensa-t-il. « Les autres sont source de plaisir, de joie et de satisfaction mais aussi de douleur, d’amertume et de frustration. »
Et il s’insurgea contre tout ce qui pouvait le déranger ou lui déplaire chez ses semblables. Il chercha à infléchir leur caractère et à extirper leurs défauts.

Ce fut là son deuxième combat.

Bien des années passèrent. Un jour, alors qu’il méditait sur l’utilité de ses tentatives de changer les autres, il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, que les autres ne sont pas la cause ou la source de mes joies et de mes peines, de mes satisfactions et de mes déboires. Ils n’en sont que le révélateur ou l’occasion. C’est en moi que prennent racine toutes ces choses. »

« Tu as raison » dit le Sage. « Par ce qu’ils réveillent en toi, les autres te révèlent à toi-même. Soit reconnaissant envers ceux qui font vibrer en toi joie et plaisir. Mais sois-le aussi envers ceux qui font naître en toi souffrance ou frustration, car à travers eux la Vie t’enseigne ce qui te reste à apprendre et le chemin que tu dois encore parcourir. »
Et le Vieil Homme disparut.

Peu après, le Prince arriva devant une porte où figuraient ces mots : « CHANGE-TOI TOI-MEME».

« Si je suis moi-même la cause de mes problèmes, c’est bien ce qui me reste à faire » se dit-il.
Et il entama son 3ème combat.

Il chercha à infléchir son caractère, à combattre ses imperfections, à supprimer ses défauts, à changer tout ce qui ne lui plaisait pas en lui, tout ce qui ne correspondait pas à son idéal.

Après bien des années de ce combat où il connut quelques succès mais aussi des échecs et des résistances, le Prince rencontra le Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, qu’il y a en nous des choses qu’on peut améliorer, d’autres qui nous résistent et qu’on n’arrive pas à briser.»

« C’est bien » dit le Sage.

« Oui, poursuivit le Prince, mais je commence à être las de me battre contre tout, contre tous, contre moi-même. Cela ne finira-t-il jamais ? Quand trouverai-je le repos ? J’ai envie de cesser le combat, de renoncer, de tout abandonner, de lâcher prise. »

« C’est justement ton prochain apprentissage » dit le Vieux Sage. « Mais avant d’aller plus loin, retourne-toi et contemple le chemin parcouru. »
Et il disparut.

Regardant en arrière, le Prince vit dans le lointain la 3ème porte et s’aperçut qu’elle portait sur sa face arrière une inscription qui disait : « ACCEPTE-TOI TOI-MEME. »

Le Prince s’étonna de ne point avoir vu cette inscription lorsqu’il avait franchi la porte la première fois, dans l’autre sens.
« Quand on combat on devient aveugle » se dit-il.

Il vit aussi, gisant sur le sol, éparpillé autour de lui, tout ce qu’il avait rejeté et combattu en lui : ses défauts, ses ombres, ses peurs, ses limites, tous ses vieux démons. Il apprit alors à les reconnaître, à les accepter, à les aimer.
Il apprit à s’aimer lui-même sans plus se comparer, se juger, se blâmer.

Il rencontra le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, répondit le Prince, que détester ou refuser une partie de moi, c’est me condamner à ne jamais être en accord avec moi-même. J’ai appris à m’accepter moi-même, totalement, inconditionnellement. »

« C’est bien » dit le Vieil Homme, « c’est la première Sagesse. Maintenant tu peux repasser la 3ème porte. »

A peine arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut, au loin, la face arrière de la seconde porte et y lut : « ACCEPTE LES AUTRES ».

Tout autour de lui, il reconnut les personnes qu’il avait côtoyées dans sa vie ; celles qu’il avait aimées, comme celles qu’il avait détestées. Celles qu’il avait soutenues, et celles qu’il avait combattues. Mais à sa grande surprise, il était maintenant incapable de voir leurs imperfections, leurs défauts, ce qui autrefois l’avait tellement gêné et contre quoi il s’était battu.

Il rencontra à nouveau le Vieux Sage.
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? » demanda ce dernier.

« J’ai appris, répondit le Prince, qu’en étant en accord avec moi-même, je n’avais plus rien à reprocher aux autres, plus rien à craindre d’eux. J’ai appris à accepter et à aimer les autres totalement, inconditionnellement. »

« C’est bien» dit le Vieux Sage. « C’est la seconde Sagesse. Tu peux franchir à nouveau la deuxième porte ».

Arrivé de l’autre côté, le Prince aperçut la face arrière de la première porte et y lut : « ACCEPTE LE MONDE ».
« Curieux, se dit-il, que je n’aie pas vu cette inscription la première fois ».

Il regarda autour de lui et reconnut ce monde qu’il avait cherché à conquérir, à transformer, à changer. Il fut frappé par l’éclat et la beauté de toute chose, par leur perfection. C’était pourtant le même monde qu’autrefois. Etait-ce le monde qui avait changé ou son regard ?

Il croisa le Vieux Sage qui lui demanda :
« Qu’as-tu appris sur le chemin ? »

« J’ai appris, dit le Prince, que le monde est le miroir de mon âme. Que mon âme ne voit pas le monde, elle se voit dans le monde. Quand elle est enjouée, le monde lui semble gai. Quand elle est accablée, le monde lui semble triste. Le monde, lui, n’est ni triste ni gai. Il est là. Il existe. C’est tout. Ce n’était pas le monde qui me troublait, mais l’idée que je m’en faisais. J’ai appris à accepter sans le juger, totalement, inconditionnellement. »

« C’est la 3ème Sagesse » dit le Vieil Homme. « Te voilà à présent en accord avec toi-même, avec les autres et avec le Monde. »

Un profond sentiment de paix, de sérénité, de plénitude envahit le Prince. Le Silence l’habita.

Charles Brulhart, décembre 1995
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